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Page:Notices sur M. le comte Chaptal, et discours prononcés sur sa tombe, le 1er août 1832.djvu/38

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du sérieux des méditations scientifiques par le goût des poétiques loisirs : M. Chaptal fut un de ces savans. Nous avons plusieurs fois entendu de sa composition et de sa bouche des vers faciles, aimables, élégans, et même quelques heureuses traductions des odes où brille si admirablement le génie de l’immortel ami de Mécène.

Après tant de travaux, de méditations et d’ouvrages, il était temps enfin qu’il se reposât et jouît paisiblement d’une fortune noblement acquise ; mais dans ce moment même le malheur était à sa porte et ne tarda pas à s’introduire dans sa maison. Il vendit toutes ses propriétés pour acquitter des dettes qui n’étaient pas les siennes ; il ne lui resta pour sa nombreuse famille que des revenus qu’il ne pouvait laisser après lui. C’est alors que nous le vîmes, nouveau patriarche, entouré de ses treize petits enfans, pourvoir par des sacrifices continuels, avec une tendresse touchante, à leur existence, à leur éducation, et l’un de ses plus grands regrets, en mourant, fut de prévoir que sa respectable veuve aurait, hélas ! bien peu de moyens de continuer aux six plus jeunes d’entr’eux les secours qui leur seront long-temps encore indispensablement nécessaires. Mère, si pleine de bonté, de douceur, d’inaltérable patience, d’indulgente piété, et vous qui ne l’avez jamais quittée, sa fille, si spirituelle, si active, si courageuse, vous acheverez l’excellente éducation de ces êtres charmans, et le ciel bénira vos inexprimables soins pour eux, en se chargeant de leur avenir dans sa bienfaisance !