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Page:Normand - Pensées de toutes les couleurs, Calmann-Lévy.djvu/210

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que nous étions de pauvres moblots de vingt ans, peu habitués, dans nos familles parisiennes, à de semblables… distractions. Un seul de nous — pourquoi ne pas le nommer ? il s’appelait Bardon — un seul ne veut pas quitter la place. Sans souci du péril imminent, il reste là, s’acharnant à retirer un blessé des décombres…

Le lendemain — deuxième jour du bombardement — le même Bardon était près de moi. Les obus continuaient à tomber comme grêle. Nous étions là inactifs, énervés, affolés, appelant de tous nos vœux la nuit encore lointaine qui amènerait la cessation de ce tir effroyable, à 1.800 mètres, avec des pièces portant à 5.000. Tout à coup, sur ma gauche, j’entends comme un bref claquement de fouet… Clac !… Bardon porte la main à sa figure. Un mince éclat d’obus lui a brisé cinq ou six dents de devant. Nous le menons à l’ambulance. On le panse… avec quelle peine ! Le sang coulait à flots, rendait l’opération très malaisée. On y arrive cependant. Hors de combat, il doit quitter le rang,