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Page:Normand - Pensées de toutes les couleurs, Calmann-Lévy.djvu/190

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flet, distants les uns des autres. Voici le premier, strident, lugubre, énorme, déchirant l’air. Elle se serre encore plus fort contre lui. Bientôt après, le second. Elle tire de sa poche un petit foulard jaune à raies noires, vingt-cinq sous au bazar voisin. Elle le plie soigneusement sur son genou, le met autour du cou de l’homme, à même la peau brune, relève tout autour le col du veston. Lui se laisse faire, bonasse, muet toujours, sa cigarette pendant à la lèvre. Troisième coup de sifflet. Juste le temps de s’embarquer… Violemment, il rejette les épaules en arrière, empoigne la petite par la taille, lui colle un gros baiser sur le front, sur les yeux, dans les cheveux. Puis il la repousse d’un coup, enfonce sa casquette, et, très pâle, droit, les mains dans les poches, sans se retourner, s’éloigne à pas roulants, franchit la grande grille de la cour d’entrée, disparaît dans l’ombre déjà épaisse. Elle le suit du regard, sans un mot, sans un geste. Puis elle s’en va seule, la tête basse, menue, fluette, avec un petit frisson dans les épaules. La masse