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plissement des devoirs religieux et le paisible recueillement d’un cloître, l’autre au milieu de luttes continuelles et de voyages incessants ; l’une qui représente la vie d’un saint moine au moyen-âge, l’autre celle d’un preux et vaillant chevalier.

On admettra donc facilement avec nous qu’il faut distinguer tout à fait Aiol de S. Aioul, et qu’un caprice seul du remanieur a introduit dans le poëme ces deux allusions uniques au moine de Fleuri. Nous ne saurions donc nous ranger à l’opinion de M. P. Paris qui, dans sa notice de l’Histoire littéraire, prétend que « li escris, » dont parle le poëte au vers 73, est la légende composée par Adrevald au ixe siècle, que le trouvère aurait connue et imitée : nous connaissons ce procédé si commun aux poëtes du xiiie siècle, qui pour donner plus d’autorité à leurs récits ne manquent jamais d’invoquer le témoignage d’une chronique imaginaire [1] ; et nous ne verrons ici qu’un artifice littéraire que l’auteur n’a même pas eu la prétention de déguiser.

C’est du reste un procédé du même genre qui a poussé le remanieur à rattacher au poëme l’Aiol celui d’Élie de Saint-Gille dont il est tout à fait indépendant, comme nous l’avons vu plus haut ; il lui a suffi pour cela de modifier le dénouement du poëme d’Élie, d’introduire à la fin le personnage d’Avisse qui n’avait pas paru jusque là, et de terminer par ces quelques vers qui soudent les deux chansons l’une à l’autre :

  1. Le remanieur reproduit cette formule au v. 68, en parlant de l’origine du nom d’Aiol :

    L’apela il Aioul : ce trovons en escrit.

    Il ne peut être ici question d’une vie de saint, puisque les Acta ne font aucune mention de ce fait à propos de S. Aioul.