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Nus hom ne prendoit feme, s’avoit .xxx. ans passé
Et la pucele encontre aussi de bel aé...
Mais puis est avarisse et luxure montés,
Mavaistiés et ordure, et faillie est bontés...
On fait mais .ii. enfans de .xii. ans asanbler :
Prendés garde qués oirs il peuent engenrer !...

M. P. Paris (Hist. litt., XXII, 287) voit dans ces derniers vers une allusion au mariage de Louis, fils de Philippe-Auguste, avec Blanche de Castille, tous deux âgés de treize ans à peine. Ce passage, qui ne se lie en rien au récit et après lequel le poëte reprend le fil de sa narration,

Aiols li fiex Elie fu durement penés,


aurait donc été inspiré par des événements tout récents et dont l’esprit public était encore ému. Or, c’est en 1200 (23 mai) que ce mariage eut lieu ; ce serait donc peu après cette époque qu’il faudrait placer la date de notre remaniement.

Quelque vraisemblable qu’elle soit, cette première preuve n’est pas concluante, car ces plaintes contre les mœurs du siècle, cette critique des mariages trop jeunes peuvent avoir été provoquées par d’autres événements ; mais en voici une qui nous semble plus solide. Dans la dernière partie du poëme, c’est-à-dire celle qui se passe depuis le mariage d’Aiol avec Mirabel jusqu’à la fin, on voit Aiol à la cour de Grasien, roi de Venise, l’aider à reconquérir Salonique contre le roi Florient. L’allusion est évidente : derrière le roi Grasien on devine le doge de Venise, Henri Dandolo, qui sut si bien faire servir par l’armée croisée les intérêts de la Sérénissime République lors du siége de Zara ; derrière le personnage du roi Florient, il nous est facile aussi de reconnaître Joannice, ce roi des Bulgares