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Telle a dû être, pensons-nous, l’origine de la chanson d’Aiol. Depuis 1110, année de la mort d’Hélie, la légende a dû se former, se développer pendant près d’un demi-siècle, et alors, vers 1160, un trouvère aura réuni tous les éléments épars de cette petite épopée et aura créé l’Aiol tel que nous l’avons, ou plutôt tel qu’il était en décasyllabes, avant que le remanieur picard du xiiie siècle ne lui eût enlevé son caractère local et particulier, pour essayer d’en faire une chanson de geste comme toutes les autres, cousue tant bien que mal à un autre poëme, l’Élie de Saint-Gille, qui n’a aucun rapport avec l’Aiol. C’est ici le cas d’ajouter que le personnage d’Avisse n’existe pas dans l’Elissaga, dans laquelle Élie épouse Rosemonde ; le trouvère pour relier ses deux poëmes n’a trouvé rien de mieux que d’ajouter à la fin de son Élie un empêchement au mariage de son héros et de Rosemonde, et d’introduire alors le personnage d’Avisse qui sert de trait d’union entre les deux chansons [1].

Ce que nous avons dit plus haut nous permet de fixer comme date extrême à notre poëme le milieu du xiie siècle, et la langue que nous y remarquons présente tous les caractères de cette époque ; à quel moment faut-il fixer la date du remaniement ? Sans aucune raison apparente, sans même chercher une transition, au milieu de son récit, le poëte se livre brusquement à la boutade suivante (v. 1698 ss.) :

Baron, a icel tant dont vous m’oés conter
N’estoient mie gens el siecle tel plenté :
Li castel ne les viles n’erent pas si puplé
Com il sont orendroit ; ja mar le mesquerés...

  1. Cf. Kœlbing, loc. cit., p. 131.