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Quem n’a ferit de greu pols,
Can ditz que mais nom n’aerga,
Qu’eu non sui escarnitz sols,
Qu’escarnitz fon ja ’n Aiolz.

(Mahn, Gedichte..., II, 219, dcxxiv, 4e couplet.)

Ici encore, dans l’allusion faite aux moqueries dont Aiol a été victime, nous reconnaissons notre chanson française, qui par cela même devait déjà exister avant 1173 ; assertion que ne contredit nullement le caractère de la langue du poëme décasyllabique.

Faut-il voir un argument en faveur de l’Aiol provençal dans le rhythme de ce poëme ? Mais nous savons que la coupe après la 6e syllabe n’est pas exclusivement propre à Girart de Roussillon, et qu’elle peut par conséquent s’appliquer aussi bien au français qu’au provençal. Nous arrêterons-nous aux mots donar et pecat introduits dans le texte et à l’assonance ? Remarquons que dans ces passages le poète donne la parole à un Lombard et qu’il a la prétention de faire de la couleur locale ; nous en trouvons la preuve dans le mot pecat qui, n’étant pas à l’assonance, aurait tout aussi bien pu être remplacé par pechié.

Un autre argument est tiré de l’origine même du héros. Aiol, nous dit-on, est fils d’Élie de Saint-Gille, en Provence ; il doit donc avoir inspiré tout d’abord un poëte du même pays ; quel intérêt, du reste, un trouvère du centre de la France pouvait-il avoir à prendre pour héros d’une chanson un personnage du midi ? Nous reviendrons plus tard [1] sur le lieu de la naissance d’Aiol ; occupons-nous en ce moment de sa filiation. Or, rien ne nous dit dans le

  1. Voir notre chapitre suivant.