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HUMAIN, TROP HUMAIN, DEUXIÈME PARTIE

ralistes ont besoin de compter sur ce « moment » pour placer leurs vérités.

317.

Opinions et poissons. — On est possesseur de ses opinions comme on est possesseur de poissons, — en ce sens que l’on possède un étang à poissons. Il faut aller à la pêche et avoir de la chance, — alors on tient ses poissons, ses opinions. Je parle ici d’opinions vivantes, de poissons vivants. D’autres sont satisfaits lorsqu’ils possèdent une collection de fossiles — et, dans leur cerveau, des « convictions ». —

318.

Signes de liberté et de contrainte. — Satisfaire soi-même autant que possible, ses besoins les plus impérieux fût-ce même d’une façon imparfaite, c’est la façon d’arriver à la liberté de l’esprit et de la personne. Satisfaire, à l’aide des autres, et aussi parfaitement que possible, beaucoup de besoins superflus — cela finit par vous mettre dans un état de contrainte. Le sophiste Hippias qui avait acquis et créé lui-même tout ce qu’il portait, intérieurement et extérieurement, est par là le représentant de ce courant qui aboutit à la plus haute liberté de l’esprit et de la personne. Il importe peu que tout soit également bien travaillé, également parfait : la fierté reprisera les endroits défectueux.

319.

Croire en soi-même. — De nos jours on se méfie