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Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/67

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de consolation. Il nous montre que le hasard serait un maître déraisonnable, mais que la nécessité, c’est-à-dire l’enchaînement des causes dans le monde, est la raison même. (Un phénomène que ceux que Strauss appelle « nous » ne remarquent pas, parce qu’ils ont été élevés dans l’adoration hégélienne de la réalité, c’est-à-dire dans l’adulation du succès). « Il nous apprend à reconnaître que ce serait vouloir la destruction de l’univers si l’on exigeait qu’une exception fût faite à l’accomplissement d’une seule loi de la nature. » Au contraire, monsieur le magister, un naturaliste honnête croit à la conformité absolue aux lois de la nature, mais sans se prononcer, en aucune façon, sur la valeur morale ou intellectuelle de ces lois. Dans de semblables affirmations, ce savant reconnaîtrait l’attitude très anthropomorphique d’un esprit qui ne sait pas se tenir dans les limites de ce qui est permis. Mais c’est justement au point où un honnête naturaliste se résigne que Strauss « réagit dans un sens religieux », pour nous servir de son expression, et il procède alors en savant déloyal et anti-scientifique. Il admet, sans plus, que tout ce qui arrive possède la plus haute valeur intellectuelle, que tout est donc absolument raisonnable, ordonné en vue des causes finales et qu’une révélation de la bonté éternelle y est incluse. Il a donc besoin de faire appel à une complète cosmodicée et se trouve en désavantage à l’égard de celui qui se contente