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Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/59

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Si le monde est une chose, dit Strauss, une chose dont on dit qu’il vaudrait mieux qu’elle ne fût point, et bien alors, l’intellect du philosophe, lequel forme un fragment de ce monde, est un intellect qui ferait mieux de ne pas penser. Le philosophe pessimiste ne s’aperçoit pas qu’il déclare avant tout mauvais son propre intellect, lequel expose que le monde est mauvais ; si pourtant un intellect qui déclare que le monde est mauvais est un mauvais intellect, il faut en inférer, au contraire, que le monde est bon. Il se peut que généralement l’optimisme tienne sa tâche pour trop facile ; par contre les démonstrations de Schopenhauer sur le rôle formidable que jouent la douleur et le mal dans le monde sont tout à fait à leur place. Mais toute philosophie véritable est nécessairement optimiste, parce que, dans le cas contraire, elle nierait son droit à l’existence. » Si cette réfutation de Schopenhauer n’est pas ce que Strauss a appelé en un autre endroit une « réfutation accompagnée des bruyantes jubilations des sphères supérieures », je ne comprends pas cette tournure de phrase théâtrale dont il se sert une fois pour confondre ses adversaires. L’optimisme s’est rendu là avec intention sa tâche facile. Mais le tour de force consistait précisément à faire croire que ce n’était rien du tout que de réfuter Schopenhauer et de secouer le fardeau en se jouant, afin que les trois grâces prennent sans cesse plaisir au spectacle de cet