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Mais nous nous étions posé une seconde question : Jusqu’où va le courage que la nouvelle religion donne à ses croyants ? Celle-là aussi aurait déjà reçu une réponse si le courage et l’impertinence étaient une seule et même chose. Alors Strauss ne manquerait pas d’un véritable et juste courage de mamelouk, car la modestie qui conviendrait, cette modestie dont parle Strauss à propos de Beethoven dans un passage précité, n’est qu’une tournure de style et nullement une tournure morale. Strauss participe abondamment de l’audace dont tout héros victorieux croit avoir le droit. Toutes les fleurs n’ont poussé que pour lui, le vainqueur, et il loue le soleil d’être venu à temps pour éclairer sa fenêtre. Il n’épargne même pas au vieil et vénérable univers, sa propre louange comme s’il avait fallu cette louange pour sanctifier l’univers qui, dès lors, aurait le droit de tourner autour de la monade centrale David Strauss. Il se plaît à nous enseigner que l’univers, bien qu’il soit une machine avec des rouages et des dents, avec de pesants maillets et de lourds pilons, « possède non seulement des rouages impitoyables, mais reçoit aussi le flot d’une huile lénitive » (p. 365). L’univers ne sera pas précisément animé de reconnaissance à l’égard de ce magister aux folles métaphores qui, lorsqu’il voulut condescendre à en faire l’éloge, n’a pas su trouver de meilleur symbole. Comment donc appelle-t-on l’huile qui s’égoutte sur les maillets et les pilons