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Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/42

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tercale ici, mais bien de passages composés pour la circonstance présente » (p. 296). Cet aveu nous cause un moment d’étonnement. Qu’est-ce que cela peut bien nous faire que tous ces jolis petits chapitres aient été écrits exprès ! S’il ne s’agissait que d’écrire ! Entre nous soit dit, je souhaiterais qu’ils fussent écrits un demi-siècle plus tôt. Je saurais du moins alors pourquoi les idées me paraissent si incolores, et pourquoi elles ont sur elles une certaine odeur de vétusté. Mais ce qui me paraît problématique, c’est que quelque chose ait pu être écrit en 1872 et sente le moisi déjà dans la même année. Admettons une fois que quelqu’un s’endorme en lisant ces chapitres et en respirant leur odeur… De quoi pourra-t-il bien rêver ? Un ami m’en a fait part, car la chose lui est arrivée. Il se mit à rêver d’un cabinet de figures de cire : les auteurs classiques se trouvaient là, joliment imités en cire et en verroterie. Ils pouvaient remuer les bras et tourner de l’œil, tandis qu’un mécanisme à l’intérieur produisait un craquement singulier. Mais il vit quelque chose qui l’inquiéta. C’était une figure informe couverte de rubans et de papier décoloré, qui portait dans sa bouche une étiquette, où était écrit le mot « Lessing ». Mon ami voulut s’approcher de plus près. II aperçut alors quelque chose d’épouvantable : c’était la chimère homérique : par devant cela ressemblait à Strauss, par derrière à Gervinus, au milieu à une chimère, et,