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Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/40

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C’est ainsi que triomphe le philistin. Et, si nous ne sommes pas aussi satisfaits que lui, cela tient au fait que nous désirons en savoir davantage. Scaliger avait l’habitude de dire : « N’est-il pas indifférent pour nous que Montaigne ait bu du vin rouge ou du vin blanc ! » Mais combien nous apprécierions, dans notre cas, beaucoup plus important une déclaration aussi catégorique ! Que serait-ce, si nous pouvions apprendre combien de pipes fume tous les jours le philistin, selon le rite de la foi nouvelle, ou quel est le journal qui lui est le plus sympathique, lorsqu’il le lit en buvant son café, la Gazette nationale ou la Gazette de Spener ? Hélas ! notre curiosité n’est point satisfaite ! Nous ne recevons d’éclaircissements que sur un seul point. Heureusement qu’il s’agit du ciel dans le ciel, c’est-à-dire de ces petits cabinets d’esthétique privée qui sont voués aux grands poètes et aux grands musiciens, ces endroits où le philistin « s’édifie », où, selon son aveu, « toutes ses taches sont enlevées et lavées » (p. 363), de sorte que nous ne pouvons faire autrement que de considérer ces petits cabinets privés comme de véritables établissements de bains. « Cependant, il n’en est ainsi que durant des moments fugitifs, et seulement dans le domaine de l’imagination ; aussitôt que nous revenons à la dure réalité, nous confinant de nouveau dans la vie étroite, la misère ancienne nous envahit de nouveau de tous les