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une série d’ouvrages aussi attrayants que populaires. Avec cela nous essayons d’augmenter nos connaissances de la nature, au moyen de manuels qui sont à la portée de tout le monde. Et enfin nous trouvons dans les écrits de nos grands poètes, à l’audition des œuvres de nos grands musiciens de quoi stimuler d’une façon parfaite notre esprit et nos sentiments, notre imagination et notre humour. C’est ainsi que nous vivons, et que nous marchons dans le bonheur. »

— Voilà notre homme ! s’écrie triomphalement le philistin qui lit cela. Car, pense-t-il, c’est véritablement ainsi que nous vivons, c’est ainsi que nous vivons tous les jours. Et, comme Strauss s’entend bien à employer les circonlocutions ! Que veut-il dire, quand il parle des études historiques qui aident à notre compréhension de la situation politique, si ce n’est ceci qu’il recommande la lecture des journaux ? Et en parlant de notre participation vivante à l’édification de l’Etat allemand, entend-t-il autre chose que notre séjour quotidien à la brasserie ? Une promenade au jardin zoologique n’est-elle pas le meilleur moyen vulgarisateur, par quoi nous élargissons notre connaissance de la nature ? Et enfin, le théâtre et le concert où nous puisons « des stimulants pour notre imagination et notre humour » qui nous satisfont « d’une façon parfaite ». Comme cela est dit avec esprit et dignité ! Voilà notre homme ! car son ciel est notre ciel.