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toire si nébuleuses et pourtant si conscientes, devant ce carnaval de tous les dieux et de tous les mythes qu’imaginèrent les romantiques, devant cette débauche de modes et de folies poétiques que seule l’ivresse avait pu concevoir. À bon droit, dis-je, car le philistin n’a pas même droit aux excès. Mais, avec cette rouerie propre aux natures basses, il profita des circonstances pour mettre toute espèce d’esprit de recherche en état de suspicion et pour engager plutôt à résoudre les problèmes avec commodité. Son œil s’ouvrit au bonheur du philistin. Abandonnant l’expérience aventureuse, il se sauva dans l’idylle et opposa à l’instinct inquiet et créateur de l’artiste une certaine tendance au contentement, le contentement que l’on éprouve en face de sa propre étroitesse, de sa propre tranquillité, de son propre esprit borné. Ses doigts longs désignaient, sans inutile pudeur, tous les replis mystérieux et cachés de sa vie, toutes les joies naïves et touchantes qui croissaient dans les profondeurs misérables d’une existence inculte, comme d’humbles fleurs sur le marécage du philistinisme.

Il s’est trouvé des talents descriptifs qui ont su peindre d’un pinceau délicat le bonheur, la simplicité, l’intimité, la santé rustique et tout le bien-être qui enveloppe les chambres des enfants, des savants et des paysans. Munis de semblables livres d’images de la réalité, les partisans de la vie conforta-