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Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/210

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temps compris entre trente-quatre vies humaines qui se succèdent, de soixante années chacune), pour pouvoir parler au commencement d’une pareille époque de « jeunesse » et à la fin déjà de « vieillesse de l’humanité » ! N’y aurait-il pas peut-être, au fond de cette croyance paralysante à une humanité qui dépérit déjà, le malentendu d’une conception théologique et chrétienne, héritée du Moyen Âge, à savoir l’idée d’une fin prochaine du monde, d’un jugement dernier attendu avec angoisse ? Cette conception serait-elle travestie par l’augmentation de ce besoin de jugement historique, comme si notre époque, étant la dernière des époques possibles, se trouvait qualifiée pour exécuter, sur l’ensemble du passé, ce jugement dernier que la foi chrétienne n’attend nullement de l’homme, mais du « fils de l’homme » ?

Autrefois ce « memento mori », jeté à l’humanité aussi bien qu’à l’individu, était un aiguillon torturant sans cesse. C’était en quelque sorte le sommet de la science et de la conscience du Moyen Âge. La parole des temps modernes, « memento vivere », qu’on lui oppose aujourd’hui, à franchement parler, garde encore un accent un peu timide, ne jaillit pas à pleine gorge et conserve presque quelque chose de malhonnête. Car l’humanité est encore attachée fortement au « memento mori » et elle le montre par son goût pour l’histoire. Malgré ses pressants coups d’aile historiques, la