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questions insidieuses, par le système de torture de la critique historique. Ce qui n’a pas encore épuisé ses influences vivantes n’est-il pas chaque fois aboli mal à propos ou du moins paralysé, par le fait que l’on dirige la curiosité sur d’innombrables micrologies de la vie et des œuvres et que l’on cherche des problèmes de la connaissance, là où l’on devrait apprendre à vivre et à oublier tous les problèmes ? Or, transportez, en imagination, quelques uns de ces biographes modernes au lieu de naissance du christianisme ou de la réforme luthérienne. Leur sèche curiosité pragmatisante aurait suffi pour rendre impossible toute mystérieuse action à distance, comme l’animal le plus misérable peut empêcher la formation du chêne le plus puissant, par le fait qu’il dévore le gland.

Tout ce qui vit a besoin de s’entourer d’une atmosphère, d’une auréole mystérieuse. Lui enlève-t-on cette enveloppe, condamne-t-on une religion, un art, un génie à graviter comme un astre sans enveloppe nébuleuse, on ne doit pas s’étonner de voir cet organisme sécher, se durcir, se stériliser à bref délai. C’est la loi qui régit toutes les grandes choses, lesquelles, comme dit Hans Sachs dans Les Maîtres Chanteurs, « ne prospèrent pas sans un peu d’illusion ».

Mais tout peuple aussi, tout homme qui veut arriver à maturité, a besoin d’une de ces illusions protectrices, d’un nuage qui l’abrite et l’enveloppe.