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reconnaîtra ce qui lui est étranger et hostile. Le philistin cultivé, dans un cas semblable, se bornera à parer les coups, il ne fera que nier et ignorer, et se bouchera les oreilles en détournant les yeux. Même dans ses haines et ses inimitiés, il demeure un être négatif. Mais il ne détestera personne autant que celui qui le traite de philistin et lui dit ce qu’il est : il est l’obstacle qui arrête les créateurs et les forts, le labyrinthe où s’égarent ceux qui doutent, le marécage où s’enlisent ceux qui faiblissent, l’entrave qui retient ceux qui courent à des buts élevés, la brume empoisonnée qui étouffe les germes vivaces, le sable du désert qui dessèche l’esprit allemand anxieux et assoiffé de vie nouvelle. Car il cherche, cet esprit allemand ! Et vous le haïssez parce qu’il cherche, et parce qu’il refuse de croire que vous avez déjà trouvé ce qu’il cherche. Comment le type du philistin cultivé a-t-il pu se former et, en admettant qu’il se soit formé, comment a-t-il pu s’élever à la puissance d’un juge souverain sur tous les problèmes de la civilisation allemande, alors qu’une série de grandes figures héroïques a passé devant nous, des génies qui, dans tous leurs gestes, dans l’expression de leur visage, dans leur voix interrogatrice, dans leur regard de flamme ne révélaient, qu’une seule chose : qu’ils étaient des chercheurs, et que c’était avec ferveur et persévérance qu’ils cherchaient ce que les philistins croient posséder déjà : une culture allemande véritable et ori-