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Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/115

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nous sommes généreux en lui accordant un œil ; mais nous le faisons parce que Strauss n’écrit pas aussi mal que les plus infâmes de tous les corrupteurs du langage, les hégéliens et leurs successeurs rabougris. Strauss a au moins la prétention de sortir de nouveau de ce marécage, mais s’il s’en est partiellement dégagé, il est encore loin d’être sur la terre ferme. On s’aperçoit que, dans sa jeunesse, il a bégayé les premiers mots en langage hégélien. C’est alors que quelque chose s’est démis chez lui, un muscle quelconque a du se détendre. Son oreille, semblable à l’oreille d’un enfant élevé sous le roulement du tambour, s’est émoussée et jamais plus elle n’est parvenue à suivre les règles subtiles et fortes de la vibration artistique, sous la domination desquelles vit tout écrivain élevé par de bons exemples et une discipline sévère. Par là, en tant que styliste, il a perdu son meilleur patrimoine et il s’est condamné lui-même à s’appuyer, sa vie durant, sur le dangereux sable mouvant du style journalistique, à moins de s’enfoncer de nouveau dans le bourbier hégélien.

Malgré tout, durant quelques heures de l’époque actuelle, il est parvenu à la célébrité, et peut-être y aura-t-il encore plus tard quelques heures où l’on saura qu’il fut une célébrité. Mais, après cela, viendra la nuit et, avec elle l’oubli ; et, en cet instant déjà, où nous inscrivons ses péchés au livre noir du mauvais style, commence le crépuscule de