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Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/59

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5.

Mais j’ai promis de montrer, d’après les expériences que j’ai faites, Schopenhauer éducateur, il ne suffit donc pas qu’avec des expressions imparfaites, je peigne cet homme idéal qui agit en Schopenhauer et autour de lui, en quelque sorte comme son idée platonicienne. Il me reste à dire ce qu’il y a de plus difficile, comment, en partant de cet idéal, on peut conquérir un nouveau cercle de devoirs, et comment on peut se mettre en communication avec un but aussi transcendant par une activité régulière, bref à démontrer encore que cet idéal est éducateur. Autrement on pourrait croire qu’il n’est pas autre chose qu’une conception du bonheur, une conception même enivrante, résultat de quelques rares moments, mais qui nous abandonne aussitôt pour nous livrer à un déplaisir d’autant plus profond. Ce qu’il y a de certain c’est que c’est ainsi que commencent nos rapports avec cet idéal, avec des contrastes soudains de lumière et d’obscurité, d’ivresse et de dégoût et qu’une expérience se renouvelle pour nous qui est vieille comme l’idéal lui-même. Mais nous ne devons pas longtemps rester à la porte, car bientôt nous en franchirons le seuil. Il importe donc de poser une question sérieuse et précise. Est-il possible de rapprocher ce but si infiniment élevé, de façon à ce qu’il nous éduque pendant qu’il nous élève ? Il ne faut pas que la grande parole de Gœthe s’accomplisse à nos dépens. Gœthe a dit : « L’homme est né pour une condition limitée ; il est capable de comprendre des desseins simples, proches et déterminés ; mais, dès qu’il trouve de l’espace en face de lui,