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Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/30

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circonstances du hasard et par l'importunilé des autres; de même on leur suppose d'innombrables opinions, parce que ces opinions sont les opinions dominantes ; toute mimique qui n'est pas une dénégation paraît être de l'approbation ; tout geste qui n'est pas un geste destruc­teur est interprété comme un consentement. Ils savent, ces solitaires et. ces libres d'esprit, que sans cesse ils paraîtront, en une circonstance quelconque, différents de ce qu'ils sont; tandis qu'ils ne veulent que la vérité et la loyauté, ils sont pris dans les mailles d'un réseau de malentendus, et leur désir ardent ne petit empocher que leur moindre action s'enveloppe d'une nuée d'opi­nions fausses, d'adaptation, de demi-aveux, de silences discrets, d'interprétations erronée.,. Un voile de mélan­colie enveloppe alors leur front, car l'idée que la simu­lation est une nécessité paraît, à de semblables natures plus détestable que le vent; si leur amertume persiste ils accumulent au fond d'eux -mêmes des pensées qui me­nacent de produire une explosion volcanique.

De temps en temps, ils se vengent, de cette obligation de se cacher, de leur réserve forcée. Ils sortent de leur caverne avec des airs terribles ; leurs paroles et leurs actes sont alors des explosions et il est possible que leur nature même les fasse périr. C'est ainsi que Schopenhauer vivait dangereusement. De pareils solitaires ont besoin d'aimer, ils ont besoin de compagnons devant les­quels il leur est permis d'être ouverts et simples com­me devant eux-mêmes, en présence desquels cessent les convulsions des réticences et de la dissimulation. Enle­vez ces compagnons et vous engendrez un danger crois­sant. Cette désaffection a fait périr Henri de Kleist et