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n’est toujours qu’un moyen, le but c’est le drame. » Le drame ? Au fond, ce n’était autre chose que l’attitude ! C’est ainsi du moins que Wagner le comprit pour lui-même.

9.

Que l’on observe donc nos femmes, quand elles sont « wagnérisées » : quelle absence de « libre-arbitre » ! Quel fatalisme dans le regard mourant ! Quelle soumission ! Quelle résignation ! Peut-être se doutent-elles même que, dans cet état de volonté « suspendue », elles ont un charme et un attrait de plus pour certaines espèces d’hommes ! Quelle autre raison leur faudrait-il encore pour adorer leur Gagliostro, leur faiseur de miracles ? Chez les véritables « ménades » de l’adoration wagnérienne on peut même conclure sans hésitation à de l’hystérie, à de la maladie. Il y a quelque chose qui n’est pas normal dans leur sexualité ; ou bien ce sont les enfants qui manquent, ou bien, au meilleur cas, les hommes.

10.

Il se peut qu’il en soit autrement des jeunes gens wagnériens. C’est peut-être précisément le libre arbitre, la liberté de la volonté chez Wagner que ces jeunes gens découvrent dans son art insidieux. D’une façon générale, ce fut certainement la même chose que, vers 1828, les disciples passionnés de Victor Hugo vénérèrent chez leur idole. Ces jeunes gens wagnériens, dont le lustre et les vertus juvéniles reflètent encore pour le moment l’image de Richard Wagner, vénèrent en lui le Maître des grands mots et des grandes attitudes — la musique de Wagner est toujours attitude, — l’avocat de tous les sentiments enflés, de tous les désirs sublimes ; ensuite le novateur et le briseur d’entraves dans la lutte contre la discipline artistique ancienne, plus sévère et peut-être plus limitée, le pionnier de nouveaux accès, de nouveaux points de vue, de nouveaux lointains, de nouvelles profondeurs, de nouvelles altitudes de l’art ; enfin, et ce