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Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/248

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22.

La langue se hausse jusqu’à l’expressionu la plus forte — l’allitération. L’orchestre aussi. La justesse d’expression n’apparaît pas comme ce qu’il y a de plus important, mais la force enivrante du pressentiment.

23.

Dans le sublime, Wagner se conforme à la règle et au rythme ; dans les détails, il est souvent violent et sans rythme.

24.

L’interruption des grandes périodes rythmiques, le perpétuel enjambement de la phrase sur la mesure produit, en effet, l’impression de l’infini, de la mer ; mais c’est là un procédé d’art et non pas une loi régulière, malgré l’effort que fait Wagner pour lui en donner l’estampille. Nous nous y précipitons d’abord littéralement, nous cherchons des périodes, pour être désillusionnés, et finalement nous nous voyons dans les flots.

25.

Dans certaines harmonies, il a quelque chose d’agréable et de résistant tout à la fois, comme quand on fait jouer une, clef dans une serrure compliquée.

26.

Pourrait-on parler chez Wagner de superbe « musique toute nue » ? Il a devant l’esprit l’image de l’être intime devenu visible, d’un processus de sentiment qui prend aspect de mouvement — c’est cela qu’il s’applique à rendre et c’est du suprême Schopenhauer de vouloir saisir directement la volonté.