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port ; le modèle se trouve dans la danse du chœur antique. Mais aussitôt le but apparaît comme placé trop haut, car nous ne possédons pas encore le style du mouvement, pas encore de développement aussi savant dans l’orchestration que l’est celui de notre musique. Or, contraindre la musique à se placer au service d’une violence naturaliste, c’est la diminuer et y mettre de la confusion, pour la rendre ensuite incapable d’accomplir la tâche commune. Qu’un art comme celui de Wagner nous plaise infiniment, qu’il offre un horizon infini de développement artistique, il n’y a à cela aucun doute. Mais le sens des poèmes ! Pourvu que la musique ne devienne pas mauvaise et que la forme ne fasse pas défaut ! Au service des gesticulations dans Hans Sachs (Beckmesser) la forme dégénère inévitablement.

— La musique pour le personnage de Beckmesser atteint le superlatif ; elle ne saurait exprimer quelqu’un qui est battu davantage et davantage maltraité. On a véritablement pitié, comme quand on voit qu’un bossu est raillé.

21.

On ne peut sauter le degré qui mène de la danse à la symphonie. Que reste-il, sinon la contre-partie naturaliste de la passion véritable et sans rythme ? Mais l’art ne peut venir à bout de la nature sans style. Il y a des excès de l’espèce la plus douteuse dans Tristan, par exemple les explosions à la fin du second acte. Le dérèglement dans la scène du pugilat des Maîtres chanteurs. Wagner sent que, pour ce qui touche à la forme, il a toute la rudesse des Allemands et préfère s’enrôler sous la bannière de Hans Sachs que sous celle des Français ou des Grecs. Pourtant, notre musique allemande (Mozart, Beethoven) s’est assimilé la forme italienne, comme c’est le cas de notre chanson populaire, et c’est pourquoi, avec la richesse nuancée de ces lignes, elle ne correspond, plus à la grossièreté paysanne et bourgeoise.