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Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/173

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c’était de prendre trop au sérieux le jour ou l’instant fugitif ; on recommandait le nil admirari et le souci, des choses éternelles ; Maintenant il ne reste plus, dans l’àme moderne, qu’une seule espèce de sérieux ; ce sé- · rieux s’applique aux nouvelles qu’apporte le journal ou le télégraphe. Prolîiter du moment et le juger aussi vite q que possible pour pouvoir en tirer parti ! On pourrait presque croire que les hommes d’aujourd’hui n’ont con-· servé qu’une seule vertu, la présence d’esprit. Malheureusement cette présence d’esprit est bien plutôt la pré·’ sence perpétuelle d’une ins. ’·iable avidité et d’une curiosité sans bornes que l’on retrouve chez tout le monde. Quant à savoir si l’esprit est présent aujourd’hui, nous laisserons aux juges de l’avenir, qui feront passer les hommes modernes par leur crible, le soin d’approfondir cette question. Pourtant cette époque-ci est vile, on peut s’en rendre compte dès à présent, cal elle ’ honore ce que méprisaient les nobles époques antérieures. Maintenant qu’elle s’est approprié tout le trésor de sagesse et d’art que nous a légué le passé et qu’elle se parede ce vêtement somptueux, elle fait preuve, dans sa présomption, d’une inquiétante vanité en n’utilisant pas ce manteau simplement pour se réchauH’er, mais pour donner le eîsenge sur elle-même. Le besoin de feindre et de dissimuler lui semble plus pressant que celui de se protéger duifroid. C’est ainsi que les savents et les philosophes d’aujourd’hui ne font pas servir la sagesse des Hindous et des Grecs à la conquête de la sagesse et de la paix intime ; leurs travaux doivent seu- · lement contribuer àp procurer à notre époque un renom trompeur de sagesse. Ceux qui étudient l’histoire natu-