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Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/132

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la conviction profonde qu’il était nécessaire. Il n’avait pas visé avec assez de justesse ; il n’avait pas assez reconnu ni choisi son heure. Le hasard s’était rendu maître de lui, alors qu’au contraire, être grand et savoir distinguer ce qui est nécessaire sont deux qualités inséparables.

Or, ce qui se déroule actuellement à Bayreuth est-il opportun et nécessaire ? Nous laissons volontiers le soin de résoudre cette question à ceux qui s’aviseraient de mettre en doute, chez Wagner, l’instinct de l’opportunité. Pour nous, qui sommes animés d’une plus grande confiance, il paraît évident que Wagner a foi en la grandeur de son œuvre, autant qu’il croit à l’élévation de sentiment de ceux qui vont y assister. Il faut se sentir fier d’être l’objet de cette foi, car Wagner ne s’adresse pas à tous, il ne place pas son espoir dans toute la génération actuelle, dans tout le peuple allemand d’aujourd’hui. Il l’a dit lui-même dans son discours d’inauguration du 22 mai 1872 et il n’y a personne parmi nous qui ait pu soulever une objection, dans un sens plus optimiste.

« Je n’avais que vous, disait alors Wagner, vous les amis de mon art particulier, de mon travail et de mon activité les plus personnels. À vous seuls je pouvais m’adresser pour que mon œuvre fût accueillie avec sympathie. Je pouvais vous demander de m’aider dans mon entreprise, afin de pouvoir présenter celle-ci pure et sous son aspect véritable à ceux qui faisaient preuve d’un penchant sérieux pour mon art, bien que cet art ne pût leur être présenté jusqu’à présent que sous une forme impure et défigurée. »