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AURORE

ferme, la pensée seule que l’on pourrait peut-être ne pas exister que pour nager, le moindre mouvement de notre nature d’amphibie — suffisent pour nous faire commettre un péché ! Il faut remarquer que, de la sorte, les preuves de la foi et toute réflexion sur l’origine de la foi sont condamnables. On exige l’aveuglement et l’ivresse, et un chant éternel au-dessus des vagues où la raison s’est noyée !

90.

Égoïsme contre égoïsme. — Combien y en a-t-il qui tirent encore cette conclusion : « La vie serait intolérable s’il n’y avait point de Dieu ! » (Ou bien comme on dit dans les milieux idéalistes : « La vie serait intolérable si elle n’avait pas au fond sa signification morale ! ») — Donc il faut qu’il y ait un Dieu (ou bien une signification morale de l’existence) ! En vérité, il en est tout autrement. Celui qui s’est habitué à cette idée ne désire pas vivre sans elle : elle est donc nécessaire à sa conservation, — mais quelle présomption de décréter que tout ce qui est nécessaire à ma conservation doit exister en réalité ! Comme si ma conservation était quelque chose de nécessaire ! Que serait-ce si d’autres avaient le sentiment contraire ! s’ils se refusaient justement à vivre sous les conditions de ces deux articles de foi, et si, une fois ces conditions réalisées, la vie ne leur semblait plus digne d’être vécue ! — Et il en est maintenant ainsi !