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AURORE

nomène moral et religieux, et il se demande si c’est Dieu ou le diable, le bien ou le mal, le salut ou la damnation qui y sont en cause. Hélas ! quel interprète malheureux ! Comme il lui faut contourner et torturer son système ! Comme il lui faut se tourner et se torturer lui-même pour garder raison !

87.

Le miracle moral. — Dans le domaine moral, le chrétien ne connaît que le miracle : le changement soudain de toutes les évaluations, le renoncement soudain à toutes les habitudes, le penchant soudain et irrésistible vers des personnes et des objets nouveaux. Il considère ce phénomène comme l’action de Dieu et l’appelle acte de régénération, il lui prête une valeur unique et incomparable. — Tout ce qui pour le reste s’appelle encore moralité et qui est sans rapport avec ce miracle, devient, de la sorte, indifférent au chrétien, et, en tant que sentiment de bien-être et de fierté, peut-être même un objet de crainte. Le canon de la vertu, de la loi accomplie, est établi dans le Nouveau Testament, mais de façon à ce que ce soit le canon de la vertu impossible : les hommes qui aspirent encore à une perfection morale doivent apprendre, en regard d’un pareil canon, à se sentir de plus en plus éloignés de leur but, ils doivent désespérer de la vertu et finir par se jeter au cœur de l’Être compatissant. — Ce n’est qu’avec cette conclusion que les efforts moraux chez le chrétien pouvaient encore être regardés comme ayant de la valeur ; la condition que ces efforts demeuras-