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AURORE

crètes souffrances de l’individu, les tortures de la « chambre solitaire », lorsque, par exemple, un Whitefield prêchait « comme un mourant à des mourants », tantôt pleurant à chaudes larmes, tantôt frappant violemment du pied, parlant avec passion, d’un ton brusque et incisif, sans craindre de diriger tout le poids de son attaque sur une seule personne présente, la repoussant de la communauté avec une dureté excessive, — ne semblait-il pas que la terre voulût se transformer chaque fois en un « champ de malédiction » ! On vit alors des hommes accourus en masses, les uns auprès des autres, comme saisis d’un accès de folie ; beaucoup étaient pris de crampes d’angoisse ; d’autres gisaient évanouis et sans mouvements ; quelques-uns tremblaient violemment, ou bien le bruit strident de leurs cris traversait l’air pendant des heures. Partout c’était la respiration saccadée de gens à moitié étranglés qui aspirent l’air avec bruit. « Et, en vérité, dit le témoin oculaire d’un pareil sermon, presque tous les sons que l’on percevait semblaient être provoqués par les amères souffrances des agonisants. » — N’oublions pas que ce fut le christianisme qui fit du lit de mort un lit de martyre et que les scènes que l’on y vit depuis lors, les accents terrifiants qui pour la première fois y furent possibles, les sens et le sang d’innombrables témoins furent empoisonnés pour le présent et pour l’avenir dans leurs enfants. Que l’on se figure un homme candide qui ne peut effacer le souvenir de paroles comme celles-ci : « Ô éternité ! Puissé-je ne pas avoir d’âme ! Puissé-je n’être jamais né ! Je suis damné,