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AURORE

et des oreilles, notre esprit montre plus de souplesse et de grâce. Mais nous comprenons peu de choses et sommes pauvrement informés, en sorte qu’il arrive rarement que nous embrassions une chose et qu’en même temps nous nous rendions dignes d’amour : raides et insensibles, plutôt, nous traversons la ville, la nature et l’histoire et nous nous enorgueillissons de cette attitude et de cette froideur, comme si elles étaient l’effet de la supériorité. Notre ignorance et notre médiocre soif de savoir s’entendent même très bien à prendre le masque de la dignité et du caractère.

566.

Vivre à bon compte. — La façon de vivre la meilleure marché et la plus insouciante est celle du penseur : car, pour dire tout de suite ce qui importe, c’est lui qui a le plus besoin des choses que les autres méprisent et abandonnent. — Il se réjouit du reste facilement et ne connaît pas les coûteux accès au plaisir ; son travail n’est pas dur, mais, en quelque sorte, méridional ; ses jours et ses nuits ne sont pas gâtés par le remords ; il se meut, mange, boit et dort selon la mesure qui convient à son esprit, pour que celui-ci devienne de plus en plus tranquille, fort et clair : il se réjouit de son corps et n’a pas de raison pour le craindre ; il n’a pas besoin de société, si ce n’est de temps en temps, pour embrasser ensuite sa solitude avec d’autant plus de tendresse ; les morts le dédommagent des vivants et il trouve même à remplacer ses amis, en évoquant parmi les morts les meilleurs qui aient