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AURORE

estimait les méthodes de la connaissance d’après ce désir universel. Les petites questions et expériences spéciales étaient considérées comme méprisables, on voulait choisir le chemin le plus court, on croyait que, puisque tout dans ce bas monde paraissait être organisé en vue de l’homme, la perceptibilité des choses, elle aussi, était préparée à une mesure humaine du temps. Tout résoudre d’un seul coup, en un seul mot, — c’était là le désir secret : on se représentait le problème sous couleur du nœud gordien ou de l’œuf de Colomb ; on était persuadé qu’il était possible, sur le domaine de la connaissance, d’arriver au but, à la façon d’Alexandre et de Colomb, et d’élucider toutes les questions avec une seule réponse. « Il y a une énigme à résoudre » : c’est ainsi que la vie se présentait aux yeux du philosophe ; il fallait en premier lieu trouver l’énigme et condenser le problème du monde dans la formule la plus simple. L’ambition sans limites et la joie d’être le « déchiffreur du monde » remplissaient les rêves du penseur ; rien ne lui semblait valoir la peine en ce monde si ce n’était de trouver le moyen de tout mener à bonne fin pour lui. Ainsi la philosophie était une espèce de lutte suprême pour la tyrannie de l’esprit. Personne ne doutait que celle-ci ne soit réservée à quelqu’un de très heureux, de subtil, d’ingénieux, de brave et de puissant — à un seul ! — Et il y en a eu plusieurs, en dernier lieu encore Schopenhauer, qui ont cru qu’ils étaient ce seul et unique. — De cela il résulte que, somme toute, la science est jusqu’à présent demeurée en arrière par suite de l’étroitesse