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AURORE

gner à celui à qui il se voue tout sentiment d’être étranger, il est par conséquent plein de dissimulation et d’assimilation, il trompe sans cesse et il joue une égalité qui n’existe pas en réalité. Et cela se fait si instinctivement que des femmes aimantes nient cette dissimulation et cette duperie douce et continuelle et prétendent avec audace que l’amour rend égaux (ce qui veut dire qu’il fait un miracle !) — Ce phénomène est très simple lorsqu’une personne se laisse aimer, et ne juge pas nécessaire de feindre, laissant cela à l’autre personne aimante : mais il n’y a pas comédie plus embrouillée et plus inextricable que lorsque tous deux sont en pleine passion l’un pour l’autre, et que, par conséquent, chacun renonce à soi-même et se met sur le pied de l’autre, voulant partout faire comme lui : alors aucun des deux ne sait plus ce qu’il doit imiter, ce qu’il doit feindre, pour quoi il doit se donner. La belle folie de ce spectacle est trop belle pour ce monde et trop subtile pour l’œil humain.

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Nous autres commençants ! — Combien y a-t-il de choses que devine et voit un comédien lorsqu’il en voit jouer un autre ! Il s’en aperçoit, lorsque dans un geste un muscle refuse son service, il met à part ces petites choses factices qui sont exercées séparément et de sang-froid devant la glace et qui ne veulent pas se fondre avec l’ensemble ; il le sent lorsque l’acteur est surpris sur la scène par sa propre invention et que, dans sa surprise, il en gâte l’effet. — Combien différemment un peintre regar-