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AURORE

qu’à mépriser leur vie pratique si nous voulions la mépriser : ce à quoi une petite envie de vengeance pourrait de temps en temps nous inciter.

506.

La nécessité de faire tout ce qui est bon. — Comment ! il faut considérer une œuvre de la même façon que l’on considère le temps qui l’a produite ? Mais on a plus de joie, plus d’étonnement, on s’instruit aussi davantage si on ne la considère point ainsi ! N’avez-vous pas remarqué que tant qu’une œuvre bonne et nouvelle reste couchée à l’air humide de son temps elle possède sa moindre valeur, justement parce qu’elle garde encore sur elle, à un tel point, l’odeur de la place publique, de l’opposition, des opinions récentes et de tout ce qui est périssable entre aujourd’hui et demain ? Plus tard elle dessèche, sa « vie temporelle » s’éteint, — et alors elle prend son profond éclat et son parfum et, si elle est faite en conséquence, lœil tranquille de l’éternité.

507.

Contre la tyrannie du vrai. — Quand même nous serions assez insensés pour considérer comme vraies toutes nos opinions, nous ne désirerions cependant pas qu’elles existassent seules — : je ne sais pas pourquoi il faudrait désirer la toute-puissance et la tyrannie de la vérité ; il me suffit de savoir que la vérité possède une grande puissance. Mais il faut qu’elle puisse lutter, et qu’elle ait une