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AURORE


496.

Le principe mauvais. — Platon a merveilleusement montré comment le penseur philosophique, dans toute société établie, sera forcément considéré comme le type de toute scélératesse : car, en tant que critique des mœurs, il est l’opposé de tout homme moral, et s’il n’arrive pas jusqu’à devenir le législateur de mœurs nouvelles son souvenir demeure dans la mémoire des hommes sous le nom de « principe mauvais ». Nous pouvons deviner par là quel parti la ville d’Athènes, assez libérale et novatrice, a fait, de son vivant, à la réputation de Platon : quoi d’étonnant si celui-ci, qui, comme il le disait lui-même, avait « l’instinct politique » dans le ventre — a fait trois fois une tentative de réforme en Sicile, où semblait s’organiser justement alors un État grec méditerranéen ? Dans cet État et par lui, Platon pensait faire pour les Grecs ce que Mahomet fit plus tard pour les Arabes : fixer les grands et les petits usages et surtout la vie quotidienne de chacun. La réalisation de ses idées était possible autant que le fut celle des idées de Mahomet : n’a-t-il pas été démontré que des idées bien plus incroyables encore, celles du christianisme, étaient réalisables ? — Quelques hasards en moins, quelques autres hasards en plus — et le monde aurait assisté à la platonisation du midi européen : et, en admettant que cet état de choses durât encore, il serait probable que nous adorerions aujourd’hui en Platon, le « principe bon ». Mais le succès lui fit défaut : et c’est ainsi qu’il garda la réputation d’un