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AURORE

ordre. Kant se présente, lorsqu’il transparaît à travers ses idées, brave et honorable au meilleur sens, insignifiant : il manque de largeur et de puissance ; il n’a pas vécu trop de choses et sa façon de travailler lui prend le temps qu’il lui faudrait pour vivre quelque chose, — je ne veux pas parler, bien entendu, de grossiers « événements » du dehors, mais de destinées et d’oscillations à quoi la vie la plus solitaire et la plus silencieuse est sujette, lorsqu’elle a des loisirs et qu’elle se consume dans la passion de la méditation. Schopenhauer a une avance sur lui : il possède du moins une certaine laideur violente de la nature, dans la haine, les désirs, la vanité, la méfiance, il a des dispositions un peu plus féroces et, pour sa part, il avait le temps et les loisirs pour cette férocité. Mais il lui manquait l’ « évolution », tout comme elle manquait à son cercle d’idées ; il n’avait pas d’ « histoire ».

482.

Choisir ses fréquentations. — Est-ce trop demander que de vouloir rechercher la fréquentation d’hommes qui sont devenus doux, agréables au goût et nourrissants, comme les châtaignes que l’on a mises au four à temps et retirées du feu au bon moment ? D’hommes qui attendent peu de la vie et préfèrent accepter celle-ci en cadeau plutôt que de la mériter, comme si les oiseaux et les abeilles la leur avaient apportée ? D’hommes qui sont trop fiers pour pouvoir se sentir jamais récompensés ? Et trop sérieux dans leur passion de la con-