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AURORE

humanité conciliante et adoucie ; et non seulement de ces pas accélérés, de ces tours d’esprit familiers, non seulement de ces saillies et d’une certaine ironie de soi, mais encore d’une certaine contradiction, d’un retour occasionnel aux absurdités dominantes. Pour qu’il ne ressemble pas au rouleau compresseur qui s’avance comme le destin, il faut que le sage qui veut enseigner utilise ses défauts pour s’enjoliver lui-même, et, en disant « méprisez-moi ! » il implore la grâce d’être le défenseur d’une vérité usurpée. Il veut vous conduire dans les montagnes, il mettra peut-être votre vie en danger : c’est pourquoi il vous autorise volontairement à vous venger, avant ou après, d’un pareil guide, — à ce prix il se réserve la jouissance de marcher devant les autres, en chef de file. — Vous souvenez-vous de ce qui vous est venu à l’esprit lorsqu’il vous conduisit un jour à travers une caverne obscure, sur un sentier glissant ? Votre cœur battait et se disait avec humeur : « Ce guide pourrait faire mieux que de ramper par ici ! Il appartient à une espèce de paresseux pleins de curiosité : — ne lui faisons-nous pas trop d’honneur en faisant semblant de lui prêter de la valeur, lorsque nous le suivons ! »

470.

Au banquet du grand nombre. — Combien l’on est heureux lorsque l’on est nourri, comme les oiseaux, de la main d’un seul homme qui leur jette son grain sans les examiner de près, sans savoir exactement s’ils en sont dignes ! Vivre comme un