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AURORE

rience de tous les jours prouve le contraire. La connaissance et la foi, malgré toutes les promesses qu’elles renferment, ne peuvent donner ni la force pour l’action, ni l’habileté pour l’action, elles ne peuvent pas remplacer l’habitude de ce mécanisme subtil et multiple qui a dû être mis en mouvement pour que n’importe quoi puisse passer de la représentation à l’action. Avant tout, et en premier lieu, les œuvres ! C’est-à-dire l’exercice, l’exercice, et encore l’exercice ! La « foi » qui en fait partie se trouvera par surcroît — soyez-en certain !

23.

En quoi nous sommes le plus subtils. — Par le fait que, pendant des milliers d’années, on a considéré les choses (la nature, les instruments, la propriété de tout genre) comme vivantes et animées, avec la force de nuire et de se soustraire aux intentions humaines, le sentiment de l’impuissance, parmi les hommes, a été beaucoup plus grand et plus fréquent qu’il n’aurait dû l’être : car il était nécessaire que l’on s’assurât des objets, tout comme des hommes et des animaux, par la force, la contrainte, la flatterie, les traités, les sacrifices, — et c’est là l’origine de la plupart des coutumes superstitieuses, c’est-à-dire d’une partie, peut-être la plus grande, et pourtant la plus inutilement gaspillée, de l’activité humaine. — Mais, puisque le sentiment de l’impuissance et de la crainte se trouvait dans un état d’irritation si violent, si continuel et presque permanent, le sentiment de la puissance s’est dé-