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AURORE

ture : et nous la possédons lorsque le monde nous dit arrivés à maturité, émancipés, utilisables. Seul un petit nombre est assez serpent pour repousser un jour cette peau, alors que, sous son enveloppe, la première nature est arrivée à maturité. Mais chez la plupart des gens le germe en est étouffé.

456.

Une vertu qui est dans son devenir. — Les affirmations et les promesses, comme celles que nous fait la philosophie antique au sujet de l’harmonie entre la vertu et la béatitude, ou bien celles que nous fait le christianisme en disant : « Aspirez avant tout au royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît ! » — n’ont jamais été faites avec une sincérité absolue, mais toujours sans mauvaise conscience. On présentait audacieusement de telles propositions que l’on désirait tenir pour vraies, comme si elles étaient la vérité même, bien qu’elles fussent en opposition avec l’évidence, et cela sans avoir de remords de conscience religieux ou moral — car, in honorem majorem de la vertu ou de Dieu, on avait dépassé la réalité, sans aucune intention égoïste ! Un grand nombre de très braves gens se trouvent encore sur ce degré de véracité : lorsqu’ils se sentent désintéressés, ils se croient autorisés à prendre la vérité plus à la légère. Que l’on considère que, ni parmi les vertus chrétiennes, ni parmi les vertus socratiques ne figure la loyauté ; c’est là une des vertus les plus jeunes, elle est encore peu mûrie, on la confond et on la méconnaît souvent ; à peine consciente d’elle-même, elle