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AURORE

à la sainteté, à l’indiscutabilité des mœurs. Voilà pourquoi ce sentiment s’oppose à ce que l’on fasse des expériences nouvelles et à ce que l’on corrige les mœurs : ce qui veut dire que la moralité s’oppose à la formation des mœurs nouvelles et meilleures : elle abêtit.

20.

Libres agisseurs et libres penseurs. — Les libres agisseurs sont en désavantage sur les libres penseurs parce que les hommes souffrent d’une façon plus visible des conséquences des actes que des conséquences des pensées. Mais si l’on considère que les uns comme les autres cherchent leur satisfaction, et que les libres penseurs trouvent déjà cette satisfaction dans le fait de réfléchir aux choses défendues et de les exprimer, en regard des motifs il y aura confusion des deux cas : et, en regard des résultats, les libres agisseurs l’emporteront même sur les libres penseurs, en admettant que l’on ne juge pas conformément à la visibilité la plus prochaine et la plus vulgaire — c’est-à-dire comme tout le monde. Il faut en revenir sur bien des calomnies dont les hommes ont comblé tous ceux qui ont brisé par l’action l’autorité d’une coutume, — généralement on appelle ceux-ci des criminels. Tous ceux qui ont renversé la loi morale établie ont toujours été considérés d’abord comme de méchants hommes : mais lorsque l’on ne parvenait pas à rétablir cette loi et que l’on s’accommodait du changement, l’attribut se transformait peu à peu ; — l’his-