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AURORE

dans un moment d’affaissement et d’apaisement, un sentiment de béatitude qui dispose à goûter de la musique. On a découvert le contraste : c’est maintenant que les effets les plus puissants sont possibles, et à bon compte. Personne ne s’inquiète plus de la bonne musique. Mais il faut vous dépêcher ! À tout art qui en est arrivé à cette découverte il ne reste plus à vivre qu’un court espace de temps. — Ah ! si nos penseurs avaient des oreilles pour écouter, au moyen de leur musique, ce qui se passe dans l’âme de nos musiciens ! Combien de temps faudra-t-il attendre avant qu’il ne se représente une pareille occasion pour surprendre l’homme intérieur en flagrant délit d’une aussi mauvaise action commise en toute innocence ! Car nos musiciens sont bien loin de se douter qu’ils mettent en musique leur propre histoire, histoire de l’enlaidissement de l’âme. Autrefois, un bon musicien était presque forcé par son art de devenir un homme bon. — Et maintenant !

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De la moralité du tréteau. — Celui-là se trompe qui s’imagine que l’effet produit par le théâtre de Shakespeare est moral et que la vue de Macbeth éloigne sans retour du mal de l’ambition : et il se trompe une seconde fois lorsqu’il se figure que Shakespeare a eu le même sentiment que lui. Celui qui est véritablement possédé par une ambition furieuse contemple avec joie cette image de lui-même ; et lorsque le héros périt par sa passion, c’est précisé-