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AURORE

coup et être aussi riches que possible ? C’est à vous de leur présenter un autre décompte, de leur montrer quelles grandes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour un tel but extérieur ! Mais où est votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c’est que respirer librement ? si vous savez à peine suffisamment vous posséder vous-mêmes ? si vous êtes trop souvent fatigués de vous-mêmes, comme d’une boisson qui a perdu sa fraîcheur ? si vous prêtez l’oreille à la voix des journaux et regardez de travers votre voisin riche, dévorés d’envie en voyant la montée et la chute rapide du pouvoir, de l’argent et des opinions ? si vous n’avez plus foi en la philosophie qui va en haillons, en la liberté d’esprit de celui qui est dépourvu de besoins ? si la pauvreté volontaire et idyllique, le manque de profession et le célibat, tels qu’ils devraient convenir parfaitement aux plus intellectuels d’entre vous, sont devenus pour vous un objet de risée ? Par contre, le fifre socialiste des attrapeurs de rats vous résonne toujours à l’oreille, — ces attrapeurs de rats qui veulent vous enflammer d’espoirs absurdes ! qui vous disent d’être prêts et rien de plus, prêts d’aujourd’hui à demain, en sorte que vous attendez quelque chose du dehors, que vous attendez sans cesse, vivant pour le reste comme d’habitude — jusqu’à ce que cette attente se change en faim et en soif, en fièvre et en folie, et que se lève enfin, dans toute sa splendeur, le jour de la bête triomphante ! — Au contraire chacun devrait penser à part soi : « Plutôt émigrer, pour chercher à devenir maître