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AURORE

dépassons les Grecs. À aucun prix nous ne voudrions y renoncer, sous prétexte que les objets anciens de ces vertus sont tombés dans l’estime (et cela avec raison), mais nous voudrions substituer, avec précaution, des objets nouveaux à cet héritage, le plus précieux de tous. Pour comprendre que les sentiments des Grecs les plus nobles, au milieu de notre noblesse toujours chevaleresque et féodale, devraient passer pour médiocres et à peine convenables, il faut se souvenir de ces paroles de consolation qui sortent de la bouche d’Ulysse dans les situations les plus ignominieuses : « Supporte cela, cher cœur ! tu en as supporté bien d’autres, plus détestables encore ! » On peut mettre en parallèle, comme mise en pratique du modèle mythique, l’histoire de cet officier athénien qui, devant l’état-major tout entier, menacé de la canne par un autre officier, secoua la honte avec ces paroles : « Bats-moi ! mais écoute-moi aussi ! » (C’est ce que fit Thémistocle, ce très habile Ulysse de la période classique, qui était bien l’homme à adresser à « son cher cœur », dans ce moment ignominieux, ces vers de consolation et de détresse). Les Grecs étaient bien loin de prendre à la légère la vie et la mort à cause d’un outrage, comme nous faisons sous l’influence d’un esprit d’aventure, chevaleresque et héréditaire, et d’un certain besoin de sacrifice ; bien loin aussi de chercher des occasions où l’on pouvait risquer honorablement la vie et la mort comme dans les duels ; ou bien d’estimer la conservation d’un nom sans tache (honneur) plus que le mauvais renom, quand celui-ci est compatible avec la gloire et le senti-