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AURORE

autre, — cela tranquillise beaucoup et est une médecine convenable. Regarder et accueillir par contre les événements de la vie des autres, comme s’ils étaient les nôtres — la revendication d’une philosophie de la pitié —, cela nous ruinerait à fond, en très peu de temps ; que l’on en fasse donc l’expérience sans divaguer plus longtemps. Cette première maxime est en outre, certainement, plus conforme à la raison et à la bonne volonté raisonnable, car nous jugeons plus objectivement de la valeur et du sens d’un événement lorsqu’il se présente chez les autres et non pas chez nous : par exemple de la valeur d’un décès, d’une perte d’argent, d’une calomnie. La pitié comme principe de l’action avec ce commandement : souffre du mal de l’autre autant qu’il en souffre lui-même, amènerait par contre forcément le point de vue du moi, avec son exagération et ses déviations, à devenir aussi le point de vue de l’autre, du compatissant : en sorte que nous aurions à souffrir en même temps de notre moi et du moi de l’autre, et que nous nous accablerions ainsi volontairement d’une double déraison, au lieu de rendre le poids de la nôtre aussi léger que possible.

138.

Devenir plus tendre. — Lorsque nous aimons, vénérons et admirons quelqu’un et que nous nous apercevons après coup qu’il souffre, — et c’est toujours avec beaucoup d’étonnement, parce qu’il nous paraît inadmissible que le bonheur qui jaillit de lui