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AURORE

rie ou d’excentricité, nos désirs de musique et de sommets — et chacun aura sous la main des exemples plus frappants encore —, sont les interprétations de nos excitations nerveuses pendant le sommeil, des interprétations très libres, très arbitraires de la circulation du sang, du travail des intestins, de la pression des bras et de la couverture, du son des cloches d’une église, du bruit d’une girouette, des pas des noctambules et d’autres choses du même genre. Si ce texte qui, en général, demeure le même pour une nuit comme pour l’autre, reçoit des commentaires variés au point que la raison créatrice imagine hier ou aujourd’hui des causes si différentes pour les mêmes excitations nerveuses : cela tient au fait que le souffleur de cette raison fut différent aujourd’hui de ce qu’il a été hier, — un autre instinct voulut se satisfaire, se manifester, s’exercer, se soulager, se décharger, — c’est cet instinct-là qui atteignait son flot et hier c’en était un autre. — La vie de veille ne possède pas la même liberté d’interprétation que la vie de rêve, elle est moins poétique, moins effrénée, — mais me faut-il ajouter que nos instincts en état de veille ne font également pas autre chose que d’interpréter les excitations nerveuses et d’en fixer les « causes » selon leurs besoins ? qu’entre l’état de veille et le rêve il n’y a pas de différence essentielle ? que, même dans la comparaison de degrés de culture très différents, la liberté d’interprétation éveillée sur l’un de ces degrés ne le cède en rien à la liberté d’interprétation en rêve de l’autre ? que nos évaluations et nos jugements moraux ne sont que des images et