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AURORE

portée que la compassion avec les « prochains », — car ceux-ci ne sont plus ses prochains si ce grand solitaire originaire est le plus souffrant de tous, celui qui a le plus besoin de consolation. — Toutes les religions portent l’indice d’une origine redevable à un état d’intellectualité humaine trop jeune et qui n’avait pas encore atteint sa maturité, elles prennent toutes extraordinairement à la légère l’obligation de dire la vérité : elles ne savent encore rien d’un devoir de Dieu envers les hommes, le devoir d’être précis et véridique dans ses communications. — Personne n’a été plus éloquent que Pascal pour parler du « Dieu caché » et des raisons qu’il a à se tenir si caché et à ne dire jamais les choses qu’à demi, ce qui indique bien que Pascal n’a jamais pu se tranquilliser à ce sujet : mais il parle avec tant de confiance que l’on pourrait croire qu’il s’est trouvé par hasard dans les coulisses. Il sentait vaguement que le « deus absconditus » ressemblait à quelque chose comme de l’immoralité, mais il aurait eu honte et il aurait craint de se l’avouer à lui-même : c’est pourquoi il parlait aussi haut qu’il pouvait, comme quelqu’un qui a peur.

92.

Au lit de mort du christianisme. — Les hommes véritablement actifs se passent maintenant de christianisme, et les hommes plus tempérés et plus contemplatifs de la moyenne intellectuelle ne possèdent plus qu’un christianisme apprêté, c’est-à-dire singulièrement simplifié. Un Dieu qui, dans son