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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/61

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par ceux qui sont de trop. Qu’on les attire hors de cette vie, par l’appât de la « vie éternelle » !

« Jaunes » : c’est ainsi que l’on désigne les prédicateurs de la mort, ou bien « noirs ». Mais je veux vous les montrer sous d’autres couleurs encore.

Ce sont les plus terribles, ceux qui portent en eux la bête sauvage et qui n’ont pas de choix, si ce n’est entre les convoitises et les mortifications. Et leurs convoitises sont encore des mortifications.

Ils ne sont pas encore devenus des hommes, ces êtres terribles : qu’ils prêchent donc l’aversion de la vie et qu’ils s’en aillent !

Voici les phtisiques de l’âme : à peine sont-ils nés qu’ils commencent déjà à mourir, et ils aspirent aux doctrines de la fatigue et du renoncement.

Ils aimeraient à être morts et nous devons sanctifier leur volonté ! Gardons-nous de ressusciter ces morts et d’endommager ces cercueils vivants.

S’ils rencontrent un malade ou bien un vieillard, ou bien encore un cadavre, ils disent de suite « la vie est réfutée » !

Mais eux seuls sont réfutés, ainsi que leur regard qui ne voit qu’un seul aspect de l’existence.

Enveloppés d’épaisse mélancolie, et avides des petits hasards qui apportent la mort : ainsi ils attendent en serrant les dents.

Ou bien encore, ils tendent la main vers des sucreries et se moquent de leurs propres enfantillages : ils sont accrochés à la vie comme à un brin