Ouvrir le menu principal

Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/450

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Ils sont joyeux, se remit-il à dire, et, qui sait, peut-être aux dépens de leur hôte ; et s’ils ont appris à rire de moi, ce n’est cependant pas mon rire qu’ils ont appris.

Mais qu’importe ! Ce sont de vieilles gens : ils guérissent à leur manière, ils rient à leur manière ; mes oreilles ont supporté de pires choses sans en devenir moroses.

Cette journée est une victoire : il recule déjà, il fuit l’esprit de la lourdeur, mon vieil ennemi mortel ! Comme elle va bien finir cette journée qui a si mal et si malignement commencé !

Et elle veut finir. Déjà vient le soir : il passe à cheval sur la mer, le bon cavalier ! Comme il se balance, le bienheureux, qui revient sur sa selle de pourpre !

Le ciel regarde avec sérénité, le monde s’étend dans sa profondeur, ô vous tous, hommes singuliers qui êtes venus auprès de moi, il vaut la peine de vivre auprès de moi ! »

Ainsi parlait Zarathoustra. Et alors des cris et des rires des hommes supérieurs résonnèrent de nouveau de la caverne : or, Zarathoustra, commença derechef :

« Ils mordent, mon amorce fait de l’effet, chez eux aussi l’ennemi fuit : l’esprit de la lourdeur. Déjà ils apprennent à rire d’eux-mêmes : est-ce que j’entends bien ?

Ma nourriture d’homme fait de l’effet, mes maximes savoureuses et rigoureuses : et, en vérité, je ne les ai pas nourris avec des légumes qui gonflent. Mais avec une nourriture de guerriers, une