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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/444

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Ainsi parlait le voyageur qui s’appelait l’ombre de Zarathoustra ; et, avant que quelqu’un ait eu le temps de répondre, il avait déjà saisi la harpe du vieil enchanteur, et il regardait autour de lui, calme et sage, en croisant les jambes : — mais de ses narines il absorbait l’air, lentement et comme pour interroger, comme quelqu’un qui, dans les pays nouveaux, goûte de l’air nouveau. Puis il commença à chanter avec une sorte de hurlement :


2.


Le désert grandit : malheur à celui qui recèle des déserts !


— Ah !
Solennel !
Un digne commencement !
D’une solennité africaine !
Digne d’un lion,
ou bien d’un hurleur moral…
— mais ce n’est rien pour vous,
mes délicieuses amies,
aux pieds de qui
il est donné de s’asseoir, sous des palmiers
à un Européen. Selah.

Singulier, en vérité !
Me voilà assis,
tout près du désert et pourtant
si loin déjà du désert,
et nullement ravagé encore :