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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/393

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du miel de ruches dorées d’une fraîcheur glaciale : mange-le !

Mais maintenant prends bien vite congé de tes vaches, homme singulier et charmant ! quoi qu’il puisse t’en coûter. Car ce sont tes meilleurs amis et tes maîtres de sagesse ! » —

« — À l’exception d’un seul que je leur préfère encore, répondit le mendiant volontaire. Tu es bon toi-même et meilleur encore qu’une vache, ô Zarathoustra ! »

« Va-t’en, va-t’en ! vilain flatteur ! s’écria Zarathoustra en colère, pourquoi veux-tu me corrompre par toutes ces louanges et le miel de ces flatteries ?

« Va-t’en, va-t’en loin de moi ! » s’écria-t-il encore une fois en levant sa canne sur le tendre mendiant : mais celui-ci se sauva en toute hâte.



L’OMBRE


Mais à peine le mendiant volontaire s’était-il sauvé, que Zarathoustra, étant de nouveau seul avec lui-même, entendit derrière lui une voix nouvelle qui criait : « Arrête-toi, Zarathoustra ! Attends-moi donc ! C’est moi, ô Zarathoustra, moi ton ombre ! » Mais Zarathoustra n’attendit pas, car un soudain dépit s’empara de lui, à cause de la grande foule qui se pressait dans ses montagnes. « Où s’en est allée ma solitude ? dit-il.