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Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/371

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dit : « Est-ce que je t’ai tenté ? Je ne fais que — chercher.

Ô Zarathoustra, je cherche quelqu’un de vrai, de droit, de simple, quelqu’un qui soit sans feinte, un homme de toute probité, un vase de sagesse, un saint de la connaissance, un grand homme !

Ne le sais-tu donc pas, ô Zarathoustra ? Je cherche Zarathoustra. »

— Alors il y eut un long silence entre les deux ; Zarathoustra, cependant, tomba dans une profonde méditation, en sorte qu’il ferma les yeux. Puis, revenant à son interlocuteur, il saisit la main de l’enchanteur et dit plein de politesse et de ruse :

« Eh bien ! Là-haut est le chemin qui mène à la caverne de Zarathoustra. C’est dans ma caverne que tu peux chercher celui que tu désirerais trouver.

Et demande conseil à mes animaux, mon aigle et mon serpent : ils doivent t’aider à chercher. Ma caverne cependant est grande.

Il est vrai que moi-même — je n’ai pas encore vu de grand homme. Pour ce qui est grand, l’œil du plus subtil est encore trop grossier aujourd’hui. C’est le règne de la populace.

J’en ai déjà tant trouvé qui s’étiraient et qui se gonflaient, tandis que le peuple criait : « Voyez donc, voici un grand homme ! » Mais à quoi servent tous les soufflets de forge ! Le vent finit toujours par en sortir.